Alors que les essais de Bahrein battaient leur plein, une rumeur s’est ébruitée dans le paddock au sujet des courses sprint en F1. Il se murmure dans les couloirs que ces courses, au nombre de 6 actuellement, pourrait passer à dix, voire douze dès la saison 2027 ! Une décision logique car le format séduit de plus en plus, bien poussé par la FOM, mais est-ce vraiment ce dont le sport a besoin ? Quelles conséquences sur les weekend de course ? Faisons le point…
Une course sprint c’est quoi ?
Introduite en 2021, une course sprint est une course supplémentaire ajoutée au weekend de Formule 1. Au nombre de 6 pour l’instant, il s’agit d’une course d’environ cent kilomètres (soit un tiers d’un Grand Prix classique) sans arrêt au stand obligatoire.
Pour les pilotes, c’est avant tout l’opportunité de marquer des points supplémentaires. En effet, le vainqueur de la course sprint marque 8 points supplémentaires (une course « classique » en comptant 25), le deuxième 7 points, le troisième 6 points… jusqu’au huitième qui marquera 1 point. Ainsi, si un pilote remporte la course sprint et la course principale, il marquera 33 points (comme l’ancien numéro de Max Verstappen).
Selon les instances, il s’agit avant tout d’avoir un weekend plus « dynamique ». Ainsi, alors qu’un weekend de course « classique » se compose de :
- deux séances d’essais le vendredi
- une séance d’essais le samedi matin
- une séance de qualification le samedi après midi
- un Grand Prix le dimanche
un weekend « sprint » consiste en :
- une séance d’essais le vendredi matin
- une séance de qualifications sprint le vendredi après midi
- la course sprint le samedi matin
- une séance de qualifications pour la course principale le samedi après midi
- un Grand Prix le dimanche
Un format sprint qui a évolué au fil du temps
2021 et 2022 : la course sprint déterminait la grille du Grand Prix
Ce format de weekend sprint n’a pas toujours été le format retenu en 2024 et que l’on connaît aujourd’hui. En effet, lors de l’apparition du format sprint en 2021, et qui concernait seulement trois weekends de course, la qualification du vendredi servait à déterminer l’ordre de départ de la course sprint. A l’issue de la course sprint, le résultat de cette séance donnait la grille de départ du dimanche ! Un ordre qui pouvait être injuste si vous subissiez un accident (bonjour Pierre Gasly à Monza en 2021) ou une casse mécanique.
Alors que seuls les 3 premiers marquaient des points en 2021 (3 points pour le premier, 2 points pour le deuxième et 1 point pour le troisième), 2022 verra l’apparition du système de points que l’on connait aujourd’hui. A noter également que dans les livres de statistiques, le poleman officiel (celui ayant terminé la séance de qualifications 3 en premier) est désormais celui de la séance de qualifications du vendredi, pas le vainqueur de la course sprint.
2023 : une journée dédiée au format sprint
En 2023, la F1 a fait évoluer ce format, en dédiant la journée du samedi uniquement au format sprint. En effet, les qualifications ayant lieu le vendredi comptaient pour la course… du dimanche ! Le samedi matin, une séance de qualification dédiée (appelée Shootout sprint) servait à déterminer l’ordre de départ de la course sprint ayant lieu le samedi après midi. L’ordre d’arrivée de la course sprint n’avait ainsi aucune incidence sur la grille de départ du dimanche. Six weekends de Grand Prix sont désormais concernés par ce format, contre trois en 2021-2022.
Dès 2024 : une course sprint mieux intégrée dans le calendrier et plus de flexibilité
Peu lisible pour les spectateurs et pour les équipes, ce format a été abandonné en 2024 et la F1 opte finalement pour le format que nous connaissons aujourd’hui. Précision importante, avec deux séances d’essais en moins, les équipes ont eu l’autorisation de la FIA de faire des modifications sur leurs monoplaces à l’issue de la course sprint du samedi matin (afin d’ajuster les réglages), alors que ceci était strictement interdit auparavant (la voiture à l’issue des essais du vendredi matin devait rester strictement la même jusqu’au dimanche soir…).

Augmentation des courses sprint en F1 : une décision inévitable ?
Bien que les premières réactions à cette nouvelle sont assez contrastées, force est de constater que l’augmentation du nombre de courses sprint en F1 est une mesure qui s’annonce comme inévitable. Malgré la réticence des équipes, la F1 fait le forcing depuis plusieurs années pour pousser ce format, car elle est convaincue qu’il peut marcher.
Et le moins qu’on puisse dire, c’est que les chiffres lui donne raison : le format sprint gagne en popularité, le spectacle en piste est plus important tout au long du weekend, les fans viennent plus tôt au circuit le samedi pour voir la course sprint et les promoteurs de Grand Prix se battent pour accueillir un weekend sprint. Avec en plus des places sur le circuit vendues plus chères (il ne faut pas se le cacher)…
Objectivement, la F1 a effectivement trouvé une solution pour rendre le weekend plus attractif, vu que chaque jour compte une séance « clé ». Auparavant, il fallait attendre samedi pour trouver la trace d’une séance « clé » (avec les qualifications), ce qui pouvait réduire l’attrait du vendredi pour les spectateurs/téléspectateurs. Toutefois, le vendredi était assez pratique si on souhaitait se rendre au circuit et que l’on voulait voir des voitures en pistes sans trop dépenser.
Ce qui nous gène avec l’augmentation des courses sprint en F1 (et sur les courses sprint en général)
Même si ce format va prendre en importance au fur et à mesure des années (on est encore loin du format MotoGP où les courses sprint sont présentes à chaque course), cette augmentation du nombre de courses sprint en F1 ne nous plaît guère. En tant que fan de Formule 1 de la première heure, ce format ne m’a jamais vraiment intéressé et il nous arrive de ne pas regarder la qualification sprint du vendredi et la course sprint du samedi (ou en différé).
Le peu de valeur des courses sprint
Au delà de nos sensibilités émotionnelles, la course sprint est objectivement peu valorisée. On ne se souvient pas de la victoire de Lewis Hamilton en Chine en course sprint 2025, alors qu’il s’agit pourtant de sa première victoire chez Ferrari. Pourquoi ? Car les vainqueurs de courses sprint ne marquent pas l’histoire : on considère que le vainqueur du weekend est celui de la course du dimanche (et heureusement).
Qui dit courses sprint dit moins de données
Autre point important : la prudence des équipes à l’idée d’aborder un weekend sprint. En effet, avec une seule séance d’essais, les écuries collectent moins de données sur leurs voitures, ce qui joue forcément sur la configuration finale pour la course. On l’a vu à Spa en 2025, les équipes avaient abordé le weekend avec une seule séance d’essais pour tout tester, tests qui n’ont pas forcément servis le dimanche avec l’arrivée de la pluie…
Le budget cap
De plus, les équipes ne disposent pas d’un nombre de pièces illimitées pour toute la saison (dont les moteurs) et disposent d’un plafond budgétaire à respecter. Ce qui peut rendre frileux les équipes et les pilotes, car un accident en course sprint peut coûter cher, pouvant impacter les développements futurs, et même les classements futurs. Ainsi, un moteur cassé en moins dans le « parc » de moteur, c’est un moteur à ajouter donc une future pénalité à appliquer.
En combinant tout cela, on peut aisément dire que les courses sprint n’ont pas marqué les spectateurs, malgré un intérêt croissant. Qui se souvient de ce qu’il s’est passé durant la course sprint du Qatar 2023, théâtre pourtant de la première victoire d’Oscar Piastri et du couronnement de Max Verstappen pour le titre de champion du monde pilote ? Les Grand Prix nous animent car ils comportent des faits marquants, malheureusement, les courses sprint sont souvent d’un calme plat et sont très vites oubliées, de part le manque d’engagement des pilotes/écuries et le peu de considération que nous en avons.

F1 et fans : deux entités irréconciliables ?
Depuis l’arrivée de Liberty Media en 2018, qui a développé considérablement la discipline sur le plan visibilité (on leur doit la série Netflix Drive To Survive et les contenus sur les réseaux sociaux), force est de constater qu’un fossé est en train de creuser entre les supporters de la première heure et la F1. Hélas, les directions prises par l’autorité régulatrice vont parfois à l’encontre du sport (pour le business), et cette augmentation du nombre de courses sprint en F1 est encore la preuve.
Même si le sport doit continuellement s’adapter pour faire face aux enjeux sociétaux et environnementaux, la F1 ne doit pas perdre de vue le noyau de fans de la première heure, qui est resté fidèle à la discipline malgré les années de vache maigre (on pense au début des années 2010 avec les dominations de Red Bull et Mercedes).
Chercher à séduire de nouveaux fans, qui est le but de toute entreprise, est une bonne chose, mais attention à ne pas perdre ces mordus de sport qui se lèvent à 4h du matin pour voir un Grand Prix d’Australie. Surtout que l’on connaît pas vraiment le niveau d’engagement réel de ces nouveaux venus : vont-ils rester sur la durée ou vont au contraire se lasser dès la moindre domination outrancière ? Et si ces fans décident de partir car le sport redevient « ennuyeux », ils ne reviendront pas, et les fans de la première heure non plus…
Et vous, que pensez-vous du format sprint ? Doit-il être généralisé à tous les Grand Prix ou bien supprimé ? N’hésitez pas à débattre dans les commentaires 🙂
A lire également : réglementation 2026, une catastrophe annoncée ?

