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F1 Academy : un projet encore imparfait pour la Formule 1 ?

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Alors que la Formule 1 rentre dans une race week pour la cinquième fois de l’année, une catégorie de soutien va poser ses valises sur le circuit Gilles Villeneuve de Montréal pour la deuxième fois en 4 ans d’existence : la F1 Academy. Créé en 2023 avec l’objectif de promouvoir les femmes dans le sport automobile et de leur offrir une véritable passerelle vers le haut niveau, le championnat bénéficie d’une visibilité grandissante grâce au soutien de la Formule 1. Pourtant, depuis sa création, on peut percevoir ça et là quelques critiques qui en viennent à nous interroger sur les limites et la véritable vocation de ce championnat 100 % féminin.

We Are Checking profite du Grand Prix du Canada 2026 pour faire le bilan de cette catégorie après 4 ans d’existence et 3 vainqueurs différents. L’occasion de voir ensemble ce qu’est réellement la F1 Academy, ce qui nous pose problème à la rédaction et quelques pistes pour l’améliorer.

La F1 Academy, c’est quoi ?

Créée en 2023, la F1 Academy est un championnat de course automobile organisé par la FOM (Formula One Management, qui détient la Formule 1), exclusivement dédié aux pilotes féminines. Il succède au W Series, un championnat similaire qui a existé de 2019 à 2022 et qui fut stoppé à la suite de problèmes financiers. En 4 ans d’existence, la F1 Academy a déjà couronné 3 lauréates : Marta Garcia en 2023, Abbi Pulling en 2024 et la française Doriane Pin en 2025.

A 6 reprises lors de la saison de Formule 1 (pour un total de 14 courses, soit deux à trois par weekend), la F1 Academy voit 18 pilotes (17 + 1 pilote du pays hôte invitée) s’affronter dans des Formule 4 de 165 chevaux. 6 écuries sont impliquées dans le projet (à savoir Rodin, MP, Campos, ART, Prema et Hitech), à savoir des équipes également présentes en F3 et F2. Fait intéressant, 10 équipes de Formule 1 doivent soutenir au moins une pilote et les pilotes restantes sont soutenues par des partenaires.

Le but de ce championnat est simple : promouvoir davantage les femmes dans le sport auto, créer une filière automobile durable vers le haut niveau et donner de la visibilité à ces pilotes en les faisant courir les mêmes weekends que les pilotes de Formule 1. Ce projet progresse chaque année grâce à sa présence sur les circuits de F1 et le soutien des équipes. Cependant, de nombreuses limites empêchent encore le championnat de vraiment décoller et d’atteindre le but recherché.

La F1 Academy : une identité encore floue qui crée de mauvaises attentes

Premier point noir qui nous vient en tête, le nom qui crée de mauvaises attentes. Ainsi, la mention « Academy » dans « F1 Academy » induit en erreur car en anglais, « academy » signifie « un lieu d’études ou de formation dans un domaine spécialisé ». Si on prend les choses au pied de la lettre, cette filière a donc pour but de former des pilotes pour le haut niveau. Cependant, aujourd’hui, les pilotes de la discipline ne vont quasiment jamais dans les catégories de monoplace supérieure, à savoir la F3 ou la F2.

Pour preuve : aucune des 3 championnes n’a réussi à intégrer la F2, elles semblent plutôt se tourner vers l’endurance que la monoplace. Avec un risque fort de dévier de la trajectoire initiale (qui est la Formule 1) et ainsi de disparaître des radars dans ce monde du sport auto où se faire une place est très compliqué. Bien entendu, le coût énorme des volants pour continuer dans les catégories supérieures n’aide pas, mais on sent surtout un soutien ponctuel plutôt qu’une envie de changer les choses en profondeur.

Ainsi, on peut donc s’interroger légitiment sur la valeur de la récompense sportive derrière ce championnat et sur la stratégie de réellement former les futures pilotes de haut niveau pour les catégories supérieures. On peut donc penser qu’il s’agit d’un tremplin marketing pour la FOM pour servir sa stratégie d’image plutôt qu’une solution d’avenir. Aujourd’hui, ce championnat semble davantage être une étape intermédiaire qu’une véritable rampe d’accès vers la Formule 1. Et il est là le problème, la passerelle est encore fragile, malgré le soutien (forcé ?) de nombreuses marques.

La F1 Academy : un spectacle encore limité

Un calendrier encore trop peu fourni

On l’a dit en préambule, la F1 Academy est présente durant 6 weekends de Grand Prix de Formule 1 en tant que course de soutien (au même titre que la F3 et la F2). Ce qui représente seulement… 25% des weekends de Formule 1 ! C’est peu pour créer un engouement autour de la compétition et une véritable fan-base. A titre de comparaison, la F3 et la F2 sont présentes à peu près un weekend sur deux… Comment voulez vous donc suivre et vous intéressez à un championnat qui n’est présent que trop peu de fois dans l’année ?

On va faire un test très simple : connaissez vous (sans tricher) les manches de Formule 1 qui accueilleront la F1 Academy cette année ? A moins d’être hyper fan, cela risque d’être compliqué de tous les énumérer. Sans parler de la diffusion télévisuelle en France : Canal Plus ne diffuse pas les séances d’essais et ne diffuse pas toujours les qualifications. Pour les courses, elles sont bien diffusées mais sur Canal Plus Sport, une chaîne qui n’est pas incluse au bouquet de base. Tant de freins à la médiatisation du championnat qui nuisent à sa visibilité.

Des courses parfois difficiles à suivre

Comme dit également en préambule, les pilotes de F1 Academy roulent avoir des Formule 4, ou du moins des voitures proches de la F4. Pour vous faire une idée, ce sont peu ou prou les mêmes voitures utilisées lors des GP Explorer organisés par Squeezie. Un comble quand on sait que certaines pilotes sont des professionnelles du sport auto ! Tromperie sur la marchandise me direz vous, et vous aurez raison…

Si vous avez déjà suivi une course de F1 Academy, vous vous êtes sans doute rendus compte d’un schéma assez régulier : la course devient rapidement peu intéressante avec un nombre de dépassements faible, des voitures à l’aérodynamique limitée (et sans DRS), des moteurs peu puissants et des écarts qui se figent vite. A Las Vegas l’année dernière, la course fut intéressante et animée grâce… aux longues lignes droites ayant favorisé les dépassements.

La F2 ou même certaines courses de F3 sont beaucoup plus spectaculaires grâce à des voitures plus rapides et plus maniables, ainsi que des stratégies alternatives (car oui, il n’y a pas d’arrêts obligatoires aux stands en F1 Academy). Et il est là le cœur de problème, ce n’est pas parce qu’on a « F1 » dans le nom que les pilotes vont rouler dans des F1. Comme dit le diction, il ne suffit pas de se mettre une plume dans les fesses pour ressembler à un coq.

A lire également : réglementation F1 2026, le bilan après 3 courses

Un niveau des pilotes qui pose parfois question

Autre point qui revient régulièrement dans les critiques émises contre le championnat : les écarts entre les pilotes. C’est un fait : dans ce plateau, toutes les protagonistes de la F1 Academy n’ont pas le même niveau, avec des rookies et des pilotes plus expérimentées. Et ce, malgré la règle qui impose de ne pas rester plus de 2 saisons dans la catégorie. Ce qui se traduit par des courses parfois peu animées et des erreurs de pilotage plus visibles que dans d’autres catégories.

A nuancer tout de même, car vous pouvez également retrouver ces disparités dans le championnat de F1, où un Fernando Alonso dans sa 23e saison n’a pas le même niveau qu’un Arvid Linblad, débutant dans la catégorie, et c’est tout à fait normal ! La médiatisation soudaine de certaines pilotes entraîne peut être chez certains suiveurs des attentes trop élevées alors que certaines débutent à peine… Enfin, il faut le dire : le manque de financement pour des pilotes féminines en karting et la jeunesse du championnat jouent énormément.

Une impression d’entre soi très présente

Enfin, et c’est peut être le plus gros point noir selon nous de la F1 Academy : ce championnat donne parfois une impression d’entre soi, comme s’il s’agissait d’un environnement fermé. En effet, le championnat étant exclusivement féminin, on a du mal à savoir comment les différentes pilotes se situent face aux références des catégories juniors ou à des profils masculins dans des voitures similaires. Or, dans le sport automobile, les filières sont historiquement mixtes, même si très peu de femmes y sont engagées (souvent FRECA et quelques fois F3 mais pas plus).

Cette absence de confrontation régulière avec les autres championnats peut alimenter certaines interrogations autour du niveau réel des pilotes de la discipline. Car sans passerelles claires vers les catégories supérieures, il devient difficile d’évaluer les capacités des pilotes de la F1 Academy, et à voir comment elles pourraient rivaliser avec le plus haut niveau. C’est probablement l’un des principaux défis du championnat pour gagner en crédibilité sportive dans les années à venir.

Ce que la F1 Academy doit faire pour réussir

Qu’on soit clairs : la F1 Academy part d’un constat limpide : les femmes ont trop longtemps été écartées du sport auto malgré un talent certain chez certaines concurrentes. Il est donc parfois nécessaire de passer des championnats comme la F1 Academy pour donner les opportunités à des pilotes de gravir les échelons et se faire un nom. Cependant, en l’état, nous pensons que le projet est voué à l’échec, car il repose exclusivement sur de l’entre soi et du marketing. Voici quelques pistes d’améliorations :

Développer davantage le storytelling autour des pilotes

Si la Formule 1 en est là aujourd’hui, c’est en grande partie grâce à la série Netflix « Drive To Survive« . Bien qu’imparfaite et très romancée, la série a mis en lumière les coulisses du paddock et les pilotes de F1 comme jamais auparavant. Résultat : le spectateur lambda peut facilement s’identifier aux pilotes et identifier les forces en présence du plateau.

Et il est là le problème : le fan moyen de sport auto (hormis quelques passionnés « hardcore ») ne connaît pas (ou connaît mal) les pilotes de F1 Academy. Les noms peuvent évoquer vaguement quelque chose, mais on ne connaît que très peu les parcours des pilotes et les rivalités car nous n’avons pas beaucoup de contenus immersifs sur la F1 Academy. La discipline a clairement progressé en matière de storytelling, notamment grâce à sa série Netflix et à des contenus sur YouTube, mais les pilotes restent encore peu identifiées du grand public.

Un calendrier plus fourni

Autre point à améliorer dans la F1 Academy : le calendrier. En effet, 6 courses de F1 dans l’année, c’est trop peu pour créer un véritable engouement auprès des fans. On l’a très bien vu en Formule 1 : la pause de 5 semaines entre Suzuka et Miami a été trop importante et a (sans doute) découragé de nombreux suiveurs déjà lassés de cette nouvelle réglementation 2026. Imaginez vous donc une pause de presque deux mois entre Montréal et Silverstone, et presque un mois entre chaque meeting…

Ainsi, pour être vraiment reconnu comme un championnat à part entière, la F1 Academy doit être présente au moins un weekend de course sur 2, en alternance avec la F2 (ou en complément). Autre point important, elle doit également se montrer sur des circuits mythiques du calendrier, comme Silverstone en 2026, ou d’autres non courus cette année comme Spa, Monaco ou Monza. Cette modification permettrait ainsi de gagner en visibilité, en crédibilité et un engouement à la manière du championnat de F2.

A lire également : quel serait le calendrier idéal du championnat de F1 ?

Des voitures plus puissantes

Avec des voitures telles que celles utilisées en Formule 4, il est difficile de donner du crédit à la F1 Academy en tant que championnat de renom (même si on le sait : la voiture ne fait pas la pilote). De loin, on peut avoir l’impression d’un championnat davantage pensé comme une formule d’initiation que comme une véritable étape vers le très haut niveau. Ainsi, sur le plan sportif, la F1 Academy gagnerait en crédibilité en introduisant des voitures plus performantes, et des éléments comme le DRS ou des batteries afin de se rapprocher davantage des F3 ou des F2.

Des voitures plus rapides et plus exigeantes permettraient non seulement d’améliorer le spectacle en piste, mais aussi de mieux préparer les pilotes aux catégories supérieures comme la FRECA, la F3 ou la F2. Une telle évolution renforcerait sans doute la dimension sportive du projet et aiderait la F1 Academy à être davantage perçue comme une véritable filière de performance plutôt qu’un simple championnat d’accompagnement de la Formule 1.

Une meilleure couverture TV

Si la F1 Academy souhaite une meilleure exposition, en plus du calendrier et des voitures, cela doit passer par davantage d’implication des diffuseurs pour valoriser le produit et mieux le proposer dans leur grille de programmes. Il s’agit pour le coup d’une vraie problématique que tous les diffuseurs et sports rencontrent (on l’a vu en 2023 avec la coupe du monde de football féminin en Australie, qui n’avait trouvé un diffuseur en France que très tard).

Par exemple pour Canal Plus en France, il serait préférable de diffuser la F1 Academy sur une chaîne comme Canal Plus Sport 360, un canal qui est accessible à tous les abonnés sans surcoût (à la manière du MotoGP aujourd’hui), voire même en clair ! Bien entendu, diffuser sur la chaîne principale Canal Plus reste encore un peu trop prématuré, mais pouvoir regarder la discipline facilement est un premier pas vers la démocratisation.

Un meilleur mérite sportif

Enfin, et c’est à notre sens l’élément principal, la F1 Academy ne doit pas être un championnat orienté marketing mais un vrai tremplin pour les autres catégories de monoplaces. En effet remporter le championnat aujourd’hui ne garantit pas une place durable en F3 ou en FRECA, ce qui limite la portée sportive du projet. La mise en place d’actions concrètes comme une place garantie en F3 ou d’un système de bourses plus clair et plus structuré permettrait aux meilleures pilotes de poursuivre leur progression dans de meilleures conditions.

On peut également évoquer l’idée d’initier des tests réguliers face aux pilotes de F3 ou de FRECA, car des confrontations telles que celles ci offriraient des repères concrets sur le niveau des meilleures pilotes de la discipline tout en facilitant leur intégration dans des catégories mixtes. Elles permettraient également à la F1 Academy de renforcer sa légitimité en tant que véritable filière de performance. Car il est là l’enjeu principal : la discipline doit devenir crédible sportivement.

Conclusion sur la F1 Academy

Après 4 ans d’existence, le projet F1 Academy prend de plus en plus d’ampleur et de crédibilité au fil des saisons et a déjà vu passer des pilotes de renom. Ce n’est que le début mais la trajectoire est prometteuse, en espérant une fin différente de la W Series. Toutefois, malgré la jeunesse du projet, il comporte encore des éléments qui freinent son ascension et qui l’empêchent d’être une catégorie crédible dans la formation des jeunes pilotes au plus haut niveau.

À terme, l’objectif ne devrait pas seulement être de créer un championnat féminin visible, mais surtout une structure capable d’accompagner durablement des pilotes vers le très haut niveau. Car au-delà de la visibilité offerte par la F1 Academy, le véritable enjeu reste de savoir si les championnes peuvent ensuite s’imposer dans la pyramide classique du sport automobile. Avec pourquoi pas voir des pilotes comme Doriane Pin en F1 ?

 

Et vous, que pensez-vous de la F1 Academy ? Est ce un championnat inutile aujourd’hui ou au contraire une super opportunité pour les jeunes pilotes ? N’hésitez pas à en débattre dans les commentaires 🙂

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